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L'expérimentation d'un nouveau logiciel documentaire
dans l'enseignement catholique de Bretagne.
Interview d'Annie Jézéquel
Octobre 2005
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Pouvez-vous rapidement nous
présenter votre parcours professionnel et préciser vos responsabilités
actuelles ?
Annie
Jézéquel
Dans une autre vie
professionnelle j'étais professeur de SVT et de musique. Après 20 ans
d'exploration de ces domaines, j'ai souhaité aborder l'enseignement
d'une autre manière. Après avoir passé le CAER de documentation j'ai
très vite été sollicitée pour prendre en charge la coordination
régionale des documentalistes de l'enseignement catholique de Bretagne.
Je suis actuellement documentaliste pour ¼ temps au collège de
Plougastel Daoulas ; et pour ¾ temps, en lien avec les instances de
l'enseignement catholique, le rectorat de Rennes et le CRDP de Bretagne,
je travaille pour la formation continue des documentalistes. Avec mon
collègue Michel Geffroy, documentaliste au collège de Plouescat qui a
lui aussi un ¾ temps pour la coordination, nous animons le site Citédoc,
nous répondons aux demandes individuelles d'aide professionnelle, nous
faisons de la veille documentaire et nous animons des rencontres sur des
thèmes allant de la pédagogie à la lecture,à la mutualisation, à
l'évolution du métier... et des logiciels documentaires.

Les établissements de
l’enseignement catholique breton fonctionnent pour la plupart depuis
1990 avec le logiciel Superdoc, choix fait par l’Académie de Rennes en
1989 pour tous les cdi des collèges et des lycées publics. Aujourd’hui
Superdoc 2000 n’est plus maintenu, il vous faut donc choisir une autre
solution logicielle ? La question est aussi à l’étude dans les
établissements publics de l’académie. Votre choix pourrait-il être
différent de celui fait pour les cdi du public ?
Annie
Jézéquel
Dans notre réseau régional il
y a pour l'instant, pour des raisons historiques, 153 CDI avec SuperDoc
et 47 avec BCDI. Nous travaillons donc déjà au niveau de la coordination
avec deux logiciels différents. Le choix à venir sera fait par les
établissements. Mais il est évident que nous ne souhaitons pas nous
isoler. Nous aimerions garder notre partenariat avec le rectorat de
Rennes.

Pouvez-vous nous exposer la
démarche que vous avez adoptée depuis l'annonce faite par la société Aidel de ne plus maintenir superdoc 2000 ?
Annie
Jézéquel
Dès cette annonce, nous avons
envisagé les différentes solutions possibles en établissant un cahier
des charges pour le futur logiciel et en étudiant la place des bases de
données dans les CDI. Une partie de ce travail s'est faite en
collaboration avec l'atelier CDI du rectorat de Rennes. Nous avons
cherché des établissements partenaires pour réfléchir et pour tester et
nous avons proposé des temps d'information aux différents partenaires
concernés.

Quels logiciels avez-vous
expérimentés et avec combien d'établissements ?
Annie
Jézéquel
Nous avons tout d'abord testé
SuperDoc premium en expérimental et en réel dans un établissement. Il
s'est avéré très vite qu'il ne répondait pas à nos attentes. Nous
connaissions très bien le logiciel BCDI puisque nous proposions des
formations à ce logiciel et qu'il est présent dans notre réseau.
Devant la nécessité d'évoluer
rapidement Michel Geffroy a prospecté les logiciels libres et retenu PMB.
Nous l'avons testé dans 22 établissements avec les documentalistes
volontaires

Quels sont vos critères de
sélection ?
Annie
Jézéquel
·
Les premiers critères sont d'ordre pédagogique pour les
élèves et pour les enseignants. Nous voulons une base de données très
facile d'accès pour l'usager, consultable de partout dans
l'établissement et aussi de chez soi, surtout pour les enseignants. Elle
doit donc être intégrée dans les extranets et à terme dans les ENT.
Un nouveau module de PMB nous semble aussi tout à fait intéressant pour
rendre plus accessible les données du CDI C'est la Diffusion Sélective
de l'Information. Vous posez une requête dans le logiciel en indiquant
votre adresse électronique. Quand un document répondant à cette demande
est entré dans la base de données, vous recevez la notice par courriel.
Et puis il y a des critères de gestion, des critères techniques, des
critères sur l'assistance, la maintenance et les prestations, et aussi
des critères concernant la formation des documentalistes au logiciel et
enfin des critères économiques.
Nous avons ainsi établi un tableau avec 26 critères de sélection que
nous avons soumis aux documentalistes et aux chefs d'établissement lors
d'une rencontre en juin dernier.

Quel thésaurus allez-vous
adopter ?
Annie
Jézéquel
Nous souhaitons garder le
thésaurus Motbis en espérant que dans l'avenir il intègre plus de termes
nécessaires aux domaines techniques et professionnels. Nous attendons
des réponses du CNDP quant à son intégration dans PMB.

Qui a ? aura ? la
responsabilité finale du choix ? Est-ce (ou sera-ce) un choix imposé à
tous les cdi ou les établissements scolaires peuvent-ils ou pourront
–ils faire un autre choix ?
Annie
Jézéquel
Les documentalistes sont des professionnels qui doivent réfléchir sur
les besoins spécifiques de leur établissement et en référer à leur
directeur. Cela participe de leur mission de conseil et d'expertise.
Nous avons donc choisi de proposer à tous ceux qui le souhaitent de
travailler une demi journée sur le logiciel BCDI et une demi journée sur
le logiciel PMB pour qu'ils puissent se faire une opinion. Il est vrai
que certains documentalistes soulignent, lors de ces rencontres, qu'il
serait difficile pour eux de se couper d'un réseau. Suite à cette
évaluation, l’Enseignement Catholique de Bretagne préconisera
l’utilisation du logiciel répondant aux attentes du plus grand nombre.
Il faut noter, pour dédramatiser un peu cette question de choix, que ces
logiciels permettent tous les deux les opérations les plus pratiquées
dans les CDI : recherche de données, catalogage, bulletinage, prêt,
statistiques et importation de notices. La compatibilité des données
entre BCDI et PMB est pratiquement établie. Après cela, le choix du
logiciel repose sur des questions d'ergonomie, sur la connaissance que
l'on peut avoir de l'évolution possible de ces logiciels, sur la
position adoptée vis à vis du libre, sur l'aspect économique et sur les
différents services proposés.

Quels sont, de votre
point de vue, les avantages et les inconvénients d'un logiciel libre par
rapport à un logiciel propriétaire ?
Annie
Jézéquel
J'ai
travaillé pendant quelques années avec SuperDoc de la société Aidel et
j'ai suivi de près les listes de diffusion sur le logiciel BCDI. J'ai
constaté que les demandes de modifications dans les programmes de ces
logiciels propriétaires sont très longues voire impossibles à obtenir
quand bien même elles sont demandées par de nombreux utilisateurs.
Dans le cadre
de notre expérimentation sur PMB il y a eu une très grande réactivité
des développeurs quant aux remarques que nous pouvions faire sur le
logiciel. Nous avons aussi constaté que des étudiants en informatique
qui ont travaillé pour notre réseau ont pris en charge certains aspects
de nos besoins comme l'importation des lecteurs depuis les fichiers du
secrétariat et ont très rapidement trouvé des solutions aux questions
posées. Ces solutions ont été immédiatement ajoutées au programme du
logiciel.
Ceci étant il reste que l'adoption d'un logiciel
libre suppose la présence d'un réseau d'établissements solide pour
résoudre les questions d'installation, d'amélioration et de maintenance
du logiciel. Nous en sommes bien conscients.

Comment avez-vous envisagé le
déploiement de ce lourd «chantier» ? Quel échéancier vous êtes-vous fixé
? Quel accompagnement ? Quelle formation allez-vous mettre en place pour
les documentalistes ?
Annie
Jézéquel
Pour l'instant après six mois de découverte du logiciel PMB, nous sommes
encore en expérimentation et nous continuons à comparer les logiciels
PMB et BCDI.
Concernant PMB, 26 documentalistes de 26 établissements se sont portés
volontaires pour adopter ce logiciel dans leur CDI Nous aurons ainsi
plus de recul sur son utilisation par les élèves et les enseignants. Une
première condition que nous avions posée pour l'adoption de ce logiciel
était la récupération totale des données des bases SuperDoc. Ceci est
acquis et ce sont les documentalistes qui convertissent leur base.
Ces volontaires suivent cette année une formation de 6 jours et, à
l'issue de ce stage, ils formeront chacun en fin d'année, pendant trois
jours, une dizaine de documentalistes de leur bassin qui choisiront ce
logiciel. Nous pensons qu'il se créera ainsi une dynamique qui
favorisera le passage à un nouveau logiciel.
Nous avons aussi des documentalistes compétents sur le logiciel BCDI qui
seraient susceptibles d'accompagner ceux qui feront ce choix.
Pendant cette expérimentation l'ensemble des documentalistes de Bretagne
travaille sur la préparation de leur base SuperDoc au changement de
logiciel.
Je pense pour ma part que le changement de logiciel représente surtout
une opportunité à réfléchir sur la place du papier dans nos CDI Je pense
que l'avenir de nos bases de données face à la concurrence d'Internet
passe par une sélection drastique des documents que l'on y trouve.
L'objectif pour moi est de garder dans nos bases uniquement des
informations riches, fiables, récentes et adaptées au niveau de nos
élèves. Certaines revues ne relevant que du «loisir», même si elles sont
importantes pour les élèves et peuvent trouver leur place au CDI, ne
devraient plus figurer dans les bases car elles ne servent en rien à la
recherche documentaire.

Comment envisagez-vous le
problème des données ?
Annie
Jézéquel
Je suppose que vous m’interrogerez sur la question de l'intégration des
mémofiches ou des MAJ.
La deuxième condition que nous avions posée pour l'adoption du logiciel
PMB était la possibilité d'intégrer les mémofiches de Poitiers : ceci
est aussi acquis.
Mais nous réfléchissons aussi à un autre système de mutualisation.
Actuellement les mémofiches de Poitiers proposent très peu de
dépouillement de revues techniques et professionnelles. Depuis 1999 nous
avons mis en place en Bretagne une mutualisation pour ces revues avec le
réseau Doctec. Nous avons fait venir il y a deux ans Marie Edith Vignon,
chargée de projet à la Banque de Données de la Santé Publique, pour
réfléchir à une amélioration de ce travail. Nous n'avions pas alors les
moyens de cette amélioration.
Avec PMB et sa possibilité d'étendre simplement une recherche à d'autres
bases de données, notamment aux bases de données publiques (BNF par
exemple) en utilisant la norme Z3950 nous pourrons peut-être envisager
une mutualisation plus efficace avec une base de saisie en ligne commune
à tous les utilisateurs dans laquelle chacun dépose et prend des
notices.

Pouvez-vous pour terminer
nous faire part des plus gros écueils à éviter quand on se lance dans un
tel projet ?
Annie
Jézéquel
Plutôt
que les écueils je voudrais évoquer les conditions qui ont favorisé ce
travail :
La création
d'un groupe qui se sent pionnier. Tous les membres n'ont pas le même
rythme mais chacun est entraîné par l'ensemble. Il y a pour tous, je
pense, le plaisir de la découverte, de la recherche pédagogique et
technique, d'une créativité professionnelle.
L'importance
d'une animation, de rencontres réelles entre développeurs et testeurs,
pas seulement par courriel.
La
disponibilité des développeurs qui montrent une grande attention aux
besoins réels des utilisateurs et une très grande réactivité.
Le «troc».
Nous ne faisons pas que recevoir, nous donnons aussi pour ce logiciel en
évolution en faisant partie de la communauté qui l'entoure.
Le partenariat
avec le rectorat.
Une bonne
organisation pour tenir un cap avec des échéances posées et des temps
d'évaluation.
(Propos recueillis par
Marie-Hélène Pillon - octobre 2005)
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