L’œuvre de
ce savant n’est connu en France que par un petit nombre de spécialistes.
Il mérite pourtant d’être compris dans le monde des professionnels de
l’information car son œuvre éclaire bien des zones du paysage actuel de
l’information scientifique et technique, en particulier sur les
publications scientifiques.
préoccupé
par le poids informationnel de la science et la mise au point des
instruments permettant de la peser.
1922 : Naissance à Londres. Son père est tailleur, sa mère, Fanny Marie,
est cantatrice. Enfant, puis adolescent, Derek John Price montre une
grande curiosité pour la science comme pour la technique. On le
qualifierait aujourd’hui, d’enfant surdoué
1938 : Il devient assistant en physique au collège technique de South
West Essex avant même d’entamer des études
1940 : Il publie une courte histoire très romantique : Never no
trouble. C’est son seul essai dans le domaine de la littérature
1945 : Il devient Bachelor en sciences physique et mathématiques
1946 : Phd en physique de l’université de Londres.
1947 : Il épouse Ellen Hjorth de nationalité danoise dont il aura trois
enfants
1948 : Professeur de mathématiques appliquées à l’université de Malaysia
à Singapour
1950 : Derek Price adopte le nom de sa mère et devient De Solla
1953 : Il publie son premier ouvrage, édition d’un manuscrit médiéval :
An Old Palmistry qui traduit son intérêt pour les documents
d’archives et l’histoire des sciences
1954 : Il obtient un second Phd en histoire des sciences, commencé en
1950, à l’université de Cambridge qui porte sur les instruments
scientifiques et l’astronomie au Moyen-âge. Son intérêt pour les
astrolabes naît à cette date là. Il devient un expert internationalement
reconnu sur tous les instruments de mesure scientifique du passé
1955 : Il devient chercheur en physique mathématiques à Princeton et
consultant au Smithsonian Institution. Il publie cette même année un
catalogue des collections d’instruments du British Museum et un autre
sur tous les astrolabes qu’il connaît. Ceci témoigne de son intérêt pour
les outils documentaires
1957 : Il arrive aux Etats-Unis
1960 : Il prend la chaire de professeur d’histoire des sciences à
l’université de Yale. Il l’occupe jusqu’à sa mort.
Cette même année, il crée, avec Eugène Garfield, l’Institut for
Scientific Information (ISI), acquis, en 1992 par Thomson Scientific of
Healthcare, qui publie, entre autre, le Science Citation Index et
propose de nombreuses bases de données bibliographiques, incontournables
dans le domaine de la scientométrie.
1961 : Publication de Science since Babylon*, texte de sa
conférence inaugurale lors de sa nomination universitaire
1963 : Publication de Little Science, Big Science* (1) qui lui
vaut une renommée internationale. Price y émet l’idée clé de cette «
science de la science » qu’est la scientométrie. Ce document devient
l’œuvre de référence de toutes les études ultérieures portant sur ce
sujet
1965: Publication de Network of scientific papers *qui contient,
en germe, le concept de college invisible
1966 :
Publication de Collaboration in an Invisible College * qui
soulève, en particulier, la problématique de l’utilité des bibliothèques
dans la recherche scientifique pointue, ce que Price qualifie de «
front de la recherche » et du rôle du professionnel de l’information
pour les rendre visibles
1969 : Publication, dans un titre très explicite, de : Measuring the
Size of Science *
1971 : Création, avec J.J Salomon, du Conseil international pour l’étude
des politiques de la science rattaché au Conseil international des
unions scientifiques. Price en est le premier président. Il sera
co-éditeur du manuel publié sous les auspices de ce comité :Science,
Technology and Society- A Cross-Disciplinary Discipline
1976 : Il reçoit la médaille Leonardo da Vinci, délivrée par la Society
for the History of Technology, pour son rôle dans le développement de
l’histoire des sciences et techniques
1977 Publication d’un article de synthèse dans lequel il récapitule les
thèmes auxquels il tenait le plus : La valeur extrinsèque de la
recherche (2)
1980 : Price devient citoyen américain
1981 : Il reçoit le prix John Desmond Bernal de la Society for Social
Strudies of Science.
1983 : Décès, du à une crise cardiaque, à Londres, de ce savant,
historien des sciences, auteur prolifique de 259 articles et de 14
livres, curieux de tout, curieux des machines et de leur fonctionnement,
en particulier de la machine d’Anticythère
1984 : Il reçoit, à titre posthume, l’ASIS Research Award for
outstanding contributions, qui le récompense pour son travail dans le
champ des sciences de l’information
*les documents sont considérés comme le cœur de l’œuvre de Price par
son ami Eugène Garfield

Une oeuvre synthétisée dans cette interrogation
: Peut-on établir des lois de la recherche scientifique pour mieux en
prévoir les résultats et mieux la gérer ?
Analyse
de citation : voir citation
Analyse
scientifique
Il
représente le matériau de base des pratiques infométriques.
Dans Little Science, Big Science, Derek ouvre un chapitre sur le rôle de
l’article scientifique et pose la question de son utilisation comme
indicateur de production de l’activité scientifique : « On pourrait
penser que les articles scientifiques n’ont d’autre but que d’être
comptés par les doyens, les administrateurs et les historiens, et que
les savants n’ont d’autre motivation que de produire le plus possible
». Or précise-t-il plus loin : « l’objectif premier du savant n’est
pas après tout la publication d’articles scientifiques. En outre, la
publication d’un article n’est pas pour lui purement et simplement un
moyen de communiquer son savoir ». La vraie raison d’être de
l’article scientifique réside dans l’affirmation de la propriété
intellectuelle sur le produit de recherche du savant qui l’écrit. Price
fonde ainsi l’utilisation scientométrique de l’article scientifique sur
son rôle de propriété d’un produit intellectuel. Il privilégie sa
fonction de moyen pour s’assurer publiquement de la propriété
intellectuelle d’une connaissance et minimise, en même temps, son rôle
comme moyen de communication scientifique, même si nous pouvons
considérer : « que chaque papier représente au moins un quantum
d’information scientifique utile ». L’article scientifique remplit
donc en priorité le rôle juridique pour régler le problème de la
priorité dans les recherches et donc la propriété intellectuelle des
découvertes scientifiques
« Price soutient, écrit Xavier Polanco dans son excellent article
sur les sources de la scientométrie (3) l’hypothèse
que la fonction principale de l’article scientifique est, compte tenu du
fait historique des innombrables querelles entre les scientifiques au
sujet de la priorité de leurs découvertes, d’être un moyen social
(social device) pour établir et maintenir la propriété intellectuelle
plutôt qu’une technique de communication ». La communication
scientifique au moyen d’articles publiés est et a toujours été une façon
de régler les conflits de priorité en revendiquant ses droits plutôt
qu’une façon de les éviter en passant par de l’information. A ce sujet,
et pour conforter son hypothèse, Price rappelle : « Il n’était même
pas exceptionnel autrefois pour Galilée, Hooke ou Kepler d’annoncer
leurs découvertes sous forme de cryptogramme de lettres brouillées
destiné à réserver l’antériorité sans transmettre l’information qui
aiderait les rivaux ».
Artiste et
chercheur
Price
s’interroge sur la spécificité de la connaissance scientifique. Il
apporte, de façon superbe, un élément de réponse en faisant appel aux
artistes. « Si Michel-Ange ou Beethoven n’avaient pas existé, leurs
œuvres auraient été remplacés par des contributions tout à fait
différentes. Si Copernic ou Formi n’avaient jamais existé, des
contributions essentiellement semblables aux leurs auraient été faites
par d’autres. Il n’y a vraiment qu’un monde à découvrir, et après qu’un
fragment en a été perçu, il ne reste au découvreur qu’à être honoré ou
oublié. La création de l’artiste est intensément personnelle, tandis que
celle du savant doit être ratifiée par ses pairs" (1). C’est pour
obtenir cette reconnaissance que le chercheur se dépêche de publier,
demandant ainsi à ses pairs de reconnaître sa propriété et sa priorité
dans la découverte scientifique décrite dans l’article.
Base de
données bibliographiques et documentation
Les bases de données sont mises en place comme réponses à la
surinformation. Les revues bibliographiques ne publient que les résumés
des articles scientifiques et donnent ainsi, par ces raccourcis, la
possibilité aux chercheurs de se tenir au courant de toutes les
publications. A leur sujet, Price a deux réflexions. La première
l’entraîne à constater que les recueils d’abstracts, actuelles bases de
données bibliographiques ne cessent de grandir au même rythme que
l’ensemble de la littérature scientifique résumée et entrent ainsi dans
la prolifération de l’information qu’ils souhaitaient résoudre. La
seconde interrogation porte sur leur utilité dans les manières de
s’informer du chercheur : « Peut-être le vrai chercheur ne lit-il pas
tout, mais utilise-t-il d’autres moyens pour aborder l’information, la
conversation, les contacts personnels » (voir Collège invisible). «
On tend maintenant à communiquer de personne à personne plutôt que de
papier à papier » (1). Ainsi l’article scientifique et le périodique
dans lequel il est enfermé devient : « un art mort ou en train de mourir
» remplacé par la communication directe des savants entre eux. L’avenir
lui donne en partie raison à travers les différents courants du libre et
les open archives
Bibliométrie
(voir scientométrie)
Cartographie
de l'information
Price fait
partie, avec E. Gardfield, des premiers chercheurs à penser que la
science peut être cartographiée, car : « les articles se groupent
dans des continents et dans des états qui peuvent eux aussi être
cartographiés ». L’ISI (Institute of scientific information,
Philadelphie) propose dans les années 80 un « Atlas de
la science » où sont identifiés des souches d’articles fortement
cités. Cet atlas représente à l’aide de graphes, les relations entre
scientifiques d’un domaine en se basant sur leur taux de citation et sur
les relations de co-citation entre auteurs. La science en cartes doit
permettre de progresser dans son observation en visualisant les domaines
vedettes, les domaines oubliés ou absents. Cela permet, entre autre, de
mesurer l’effort de recherche des pays, de les comparer entre eux
Citation
et référence
Un article
scientifique présente trois facettes. La première concerne le texte émis
par l’auteur. La seconde concerne les citations qui confortent ou
illustrent le texte. La troisième concerne la bibliographie. « Chaque
article repose sur la fondation de papiers antérieurs, puis il sert à
son tour de point de départ, entre autres, pour l’article suivant. Cette
maçonnerie savante est illustrée par la citation de références (1)
La citation d’un article scientifique par un article postérieur témoigne
de la valeur de cet article, comme une brique élémentaire dans la
construction des connaissances. C’est comme un vote par lequel les
chercheurs expriment le choix de ceux qui leur semblent porteurs de
progrès. Le calcul des scores de chaque chercheur permet de discerner
les « premiers auteurs ». L’idée de base est que les articles très
fréquemment cités constituent le cœur de la littérature scientifique. Le
tissu dense de citations autour de ce noyau atteste de l’utilisation des
travaux qui le constitue et révèle leur excellence
C’est donc une évaluation par les pairs. Leur analyse permet de faire
émerger les collèges invisibles car elles mettent en relation les
relations existant entre les chercheurs.
La fréquence des citations et des références mesure l’utilité de
différents articles. Quelques articles marquent plus que d’autres pour
des raisons extrêmement différenciées. Ils sont donc beaucoup cités : «
on pourrait affirmer … que la moitié de toutes les citations sont
extraites d’un petit nombre d’articles existant à l’époque ». D’autres
articles, au contraire, passent complètement inaperçus pour différentes
raisons. Le facteur temps joue un grand rôle dans cette amnésie. Derek
explique la disparition des citations par l’ancienneté de l’article qui
tombe dans l’oubli. Cela l’entraîne à distinguer les citations d’archive
et les citations « front de recherche ». Les premières sont puisées dans
la littérature scientifique antérieure sans trop compter l’âge du
document cité, témoignage d’une culture scientifique et d’un continuum
scientifique. Les secondes traduisent, non seulement, les préoccupations
du présent, mais aussi les appartenances à des collèges invisibles. Ce
sont eux qui font avancer le « front de la science ».
Si citation et bibliographie permettent de concrétiser ce relais
scientifique entre les chercheurs, elles peuvent également avoir des
conséquences perverses. Derek en présente trois principales. La première
relève de l’obligation de citations faite aux auteurs, qui écrivent
leurs articles, puis « ajoutent pour la décoration le quota orthodoxe
d’une douzaine de références ». Les deuxième et troisième conséquences
relèvent de la probité intellectuelle de l’auteur. Il se cite en
priorité (auto-citation) ; il cite ses amis ou co-signe avec lui (co-citation),
il cite un autre auteur influent et puissant, espérant un retour de sa
part. Mais il ne cite pas, par souci d’exclure ou de plonger dans
l’ombre, un auteur pertinent mais qui ne fait pas partie du clan !
Par ailleurs, les citations ne sont pas toujours signes de
reconnaissance de la valeur scientifique d’un chercheur. Celui-ci peut
être cité comme un contre-exemple, pour être contredit ou condamné en
démontrant ses erreurs.
La recherche scientifique s’inscrit dans une sphère politique et
géopolitique dont les marchés sont la mesure de toute chose, le monde
des chercheurs devient de plus en plus marqué par la compétitivité. Les
instruments créés pour cela et, en même temps, pour les informer de la
production scientifique deviennent, dès lors, des outils de validation.
Le Science Citation Index est, en ce sens, un bel exemple. Il est
utilisé comme un baromètre qualitatif, comme un instrument de carrière.
Le chercheur devient un stratège en placement d’articles et le vit,
parfois très mal !
Cette évaluation à travers des citations est, en effet, mal perçue par
un certain nombre de chercheurs qui s’interrogent sur les raisons des
citations. Par ailleurs, la pratique de la citation varie beaucoup d’un
domaine à l’autre. Cela varie aussi en fonction de mouvement de mode,
selon le nombre de chercheurs engagés dans une spécialisation donnée, …
Même si l’analyse de citations reste intéressante pour découvrir les
réseaux établis entre les chercheurs, elle a souvent été critiquée et a
provoqué des dysfonctionnements comportementaux chez certains chercheurs
plus pressés d’être connus et reconnus que de chercher, voire même
trouver !

Chercheur
Price s’interroge beaucoup sur ce personnage, sur son travail, sa
responsabilité et son comportement. En 1926, la loi de Lotka a montré
que dans un domaine donné, la productivité des chercheurs varie de façon
inversement proportionnelle au carré du nombre de publications.
Autrement dit, il y a beaucoup de chercheurs publiant peu, et très peu
de chercheurs publiant beaucoup. (La mesure de la productivité d’un
chercheur conduit Price à présenter Caykey, l’un des plus grands
mathématiciens britanniques du 19e siècle qui a produit 995 œuvres !).
Derek de Solla Price en conclue en schématisant, qu’il y a beaucoup de «
parasites » pour quelques génies, méritant seuls d’être financés. Mais
en bibliométrie, l’effet Ortega*, rectifie en déclarant qu’il faut
énormément de chercheurs pour faire « le sale boulot », pour que les «
génies » puissent se consacrer au meilleur !
Soucieux du partage des savoirs et de la suppression des obstacles à
l’égalité scientifique, Price défend une idée originale selon laquelle
l’emploi principal du scientifique universitaire est l’enseignement et
non pas la recherche. Il propose que le financement de la recherche se
mesure au service rendu, complémentaire de la fonction d’enseignement,
qui consiste à lutter contre l’obsolescence du savoir !
* Hypothèse posée par Ortega sur les stratifications de chercheurs dans
différents domaines de sciences humaines ou exactes suivant plusieurs
axes: structure des citations, structure des cosignatures,
stratification dans la distribution des publications de chercheurs,
stratification des collaborations reconnues par les chercheurs eux-mêmes
(celles du «collège invisible» ou collaborations institutionnelles). La
notoriété d'un chercheur est corrélée à l'ensemble de ces
stratifications.
Collège
invisible
Le terme est employé pour la première fois probablement par Robert
Boyle, scientifique anglais, en 1644, pour désigner les savants réunis
autour de la Royal Society of London. Il est repris par Derek, dans
Little science, big science (1), dans le cadre de ses recherches sur la
communication et les réseaux scientifiques. Il utilise cette expression
pour décrire les diverses connexions au sein d’une discipline
scientifique où l’information circule entre ses membres souvent bien
avant de prendre une réelle forme académique. Il désigne ainsi les
réseaux de communication informelle qui caractérise des groupes
d’individus homogènes dans lequel il n’existe aucune prépondérance de
l’un de ses membres sur les autres et où chaque individu peut s’adresser
directement à l’autre. Les chercheurs tirent, en effet, une très grande
part de leur information, dans certaines disciplines parfois plus que
d’en d’autres, de ces collèges invisibles où l’information circule entre
eux sous des formes diverses : congrès, preprints, communications
variées, réseaux internationaux, qui permettent de diffuser
instantanément des résultats de recherche, de poser des questions à la
communauté internationale et d'obtenir des réponses rapidement. Ces
réseaux d'information parallèles se développent, notamment grâce aux
progrès technologiques et des télécommunications. Les chercheurs
préfèrent se téléphoner ou se rencontrer dans des colloques ou
conférences « de préférence dans de beaux hôtels situés dans de belles
villes de par le monde ! »
Si l’on parle de l’information utilisée par chaque chercheur comme
source d’inspiration et de données pour ses propres travaux, on peut
penser qu’elle est fournie pour 80% environ par d’autres chercheurs,
estime-t-il
Le problème essentiel est, donc, de faire en sorte que ces collèges
deviennent une société ouverte, contrôlée par l’ensemble de ses membres
: « plutôt qu’un groupe de pression objectif, réservé à une heureuse
minorité sur la base de l’âge, du statut, de la richesse, de
l’orientation culturelle, et d’autres facteurs également non pertinents
» (4). C’est pour rendre visible ces collèges, que Price met au point
l’analyse de citations qui permet de mesurer le degré de célébrité d’un
chercheur puisque « très cité » et donc connu par la communauté
scientifique concerné.
Le concept de collège invisible interpelle les professionnels de
l’information car il pose le problème de leur utilité pour les
chercheurs. Il permet de comprendre le peu d'intérêt de nombreux
chercheurs pour les bibliographies et les bases de données, en général,
puisqu’ils obtiennent l’information nécessaire autrement que sous la
forme d’un document. La problématique concerne ici le documentaliste :
comment, en effet, étendre les avantages de la communication non
formelle, laquelle est par essence d’ordre volontaire, à l’ensemble de
la communauté scientifique ? Comment rendre ces sources plus visibles et
donc plus ouvertes ? Aucun système d’information ne saurait être tenu
pour mondial s’il laisse subsister des disparités objectives qui donnent
à certains utilisateurs plutôt qu’à d’autres les contrôle des sources
collectives de connaissances scientifiques. Pour lever ces inégalités,
Price participe au sein de l’Unesco à un travail sur la science et les
facteur d’inégalité dans lequel il signe un chapitre sur les obstacles à
l’égalité scientifique. (5) A réfléchir !
Current
contents
Cette base
de données bibliographiques créée par l’ISI (Institute of scientific
information, Philadelphie) recense environ 8000
périodiques scientifiques (sur les 163 000 revues vivantes répertoriées
par le répertoire Ulrich’s (contient toutes les bases avec les titres
vivants et les titres morts signalés comme tels) considérés comme les plus productifs,
écrits par les chercheurs du monde entier dans tous les domaines
répartis en 7 classes, correspondant essentiellement aux classes 5 et 6
de la CDU. Une série seule porte sur les sciences sociales et une seule
également sur les arts et les humanités (Arts and Humanities Citation
Index et Social Science Citation Index)
Explosion de l'information
Gutenberg, en inventant l'imprimerie, n'imaginait certainement pas les
conséquences de son invention et, fait remarquer Derek de Solla Price,
Galilée s'étonnait vers 1600 de lire des livres dont les auteurs étaient
encore en vie. Il expose également « l’effet Barnaby Rich », savant
anglais qui, en 1613, se plaint de la prolifération de la littérature :
« L’une des maladies de notre époque est la multiplicité des livres. Ils
surchargent tellement le public que celui-ci est incapable de digérer
l’abondance de matières oiseuses quotidiennement éclose et répandue dans
le monde ». Par la suite, les premières sociétés savantes, à l’origine
de publications périodiques se multiplient et se développent au cours
des 18 et 19e siècles. Leur nombre s’accroît en parallèle avec le
développement exponentiel des sciences et du nombre de scientifique.
L’accroissement est tel que « 80% des scientifiques ayant existé vivent
toujours » (1).
On estime aujourd’hui que le total des revues scientifiques vivantes
dans le monde se situe entre 30 000 et 50 000 titres (il n’existe pas
d'évaluation assortie de définitions et de chiffres précis). L'Institute
of Scientific Information (vois infra) a calculé qu'avec 1 000 revues,
c'était même 80 à 90 % de la littérature scientifique significative que
l'on possédait. C'est le fondement même du Science Citation Index, qui
ne couvre que 2 400 revues, mais soigneusement sélectionnées d'après
leur productivité et le nombre de fois dont leurs articles sont cités en
référence dans leurs spécialités respectives. Ce phénomène de
concentration peut atteindre des proportions considérables dans des
domaines particuliers, comme, par exemple, la synthèse chimique. Dans ce
cas, 100 revues suffisent pour connaître 96 % des quelque 180 000
nouveaux composés chimiques de synthèse signalés chaque année dans la
littérature scientifique; mais il faut ensuite dépouiller des milliers
de revues supplémentaires pour gagner quelques pourcentages de plus. Les
4% restant en valent-ils la peine ?
Facteur
d'impact
Critère d’évaluation quantitative, cet indice, créé par E.Garfield,
évalue la fréquence avec laquelle un article d’une revue donnée a été
cité durant une année donnée dans les articles dépouillés. Il mesure
l’importance d’une revue scientifique. Il permet donc de déterminer les
revues et les auteurs vedettes. Il est utilisé par les professionnels de
l’information, éditeurs et publicateurs dans leur politique
d’acquisition ou de publications. C’est aussi un instrument d’évaluation
académique. Dès lors, publier dans une revue ayant un indice élevé
devient un véritable défi pour les scientifiques et l’on a vu naître des
sociétés commerciales de placement d’articles. Les distorsions dues au
facteur d’impact ont amené de nombreuses critiques et provoqué la
création d’outils alternatifs comme l’Euro-Factor.
Infométrie
(voir scientométrie)
Indicateurs
bibliométriques
Ils sont nombreux et diversifiés. Les plus usuels incluent :
-La production scientifique en terme de nombre de publication
-L’impact de la recherche en nombre de citations
-L’investissement en ressources humaines et financières
-La coopération
-La distribution géographique.
Ces indicateurs primaires peuvent être enrichis par des indicateurs
composites qui en dérivent. Par ailleurs, les études de bibliométrie
doivent prendre en compte les caractéristiques des domaines de
recherche, incluant les coutumes de publications, les limites
d’utilisation des sources de données, le facteur temps et des
indicateurs adaptés. Cependant, parmi les indicateurs, l’analyse de
citations et le facteur d’impact occupent les places principales en
donnant accès à une image adéquate de la circulation des connaissances.
Les indicateurs relationnels sont principalement les co-citations et les
co-occurrences de mots. Les co-citations présentent les réseaux
thématiques et l’influence des auteurs. L’indice d’affinité mesure les
liens entre les pays en calculant le taux relatif des échanges
scientifiques entre deux pays de masse scientifique comparable, pendant
une période donnée par rapport à l’ensemble de coopération nationale de
ces deux pays. L’utilisation des citations ou des co-auteurs permet de
proposer des relations entre auteurs sous forme matricielle afin
d’obtenir des réseaux.

Institut
for Scientific Information
Cet institut
est un prestataire de services intellectuels pour les entreprises, les
gouvernements et les universités. Ses bases de données sont célèbres :
Science Citation Index, Social Science Citation Index, Arts and
Humanities Citation Index, Curent contents. Il publie également les
Journal Citation Index. L’ISI est devenu aujourd’hui Thomson scientific.
http://scientific.thomson.com/isi/products/cc/cwc/webselect.html
Journal
Citation Report (JCR)
Cette base propose le classement de périodiques scientifiques suivant
plusieurs critères : par domaine, par facteur d’impact (rapport pour une
année donnée, entre le nombre de citations des articles publiés par un
périodique et le nombre d’articles publiés, le tout sur deux ans), par
fréquence des citations (nombre de fois où sont cités les articles
publiés par un périodique). Cet outil permet d’analyser l’importance et
l’impact des périodiques scientifiques.
Il comporte deux éditions produites annuellement : Science Edition qui
classe 6400 revues et Sciences Social qui en classe 1700.
Ce document est notamment utile pour déterminer les revues les plus
courantes dans un domaine donné, trouver et déterminer des revues
apparentées ou celles dans lesquelles il convient de publier.
Little Science, Big Science
C’est une des œuvres maîtresse de ce savant. Elle permet de comprendre
comment objectiver la réalité à travers la quantification.
Dans cette étude, Price énonce les 4 lois de la scientométrie :
-Le volume global de l’activité scientifique augmente
-Cette croissance connaîtra des limites
-La communauté scientifique représente une élite aux éléments peu
productifs
-Les scientifiques se regroupent en collège invisible
Cette étude a fait l’objet d’une traduction publiée en français sous le
titre (mal choisi pour beaucoup) de Science et Suprascience (6)
Science Citation Index
Cette base de données bibliographique, multidisciplinaire et
internationale en sciences et techniques recense les articles de plus de
6000 revues internationales, essentiellement d’origine anglophone. Sa
mise à jour est hebdomadaire. Cet outil permet des recherches générales
: par titre, mot clé, auteur… Il offre notamment la possibilité de
rechercher et d’identifier toutes les références citées dans les
articles, ainsi que les références citantes. Suivant les supports, cette
base couvre une période de 50 ans ou de 65 ans. (A noter le nouveau
produit proposé par l’ISI : le Web of Science).
Toutefois, cette base ne dépouille que des périodiques. Beaucoup
regrettent l’absence de dépouillement d’autres types de documents
scientifiques tels que les comptes-rendus de conférences, les rapports
de recherche, très importants dans le développement de la science. De
plus, l’exactitude des références contenues dans les articles analysés
n’étant pas vérifiée lors de leur intégration dans la base, elle devient
une source importante d’erreurs.
Le Science Citation Index a été conçu au départ comme un instrument
bibliographique, un outil pour les chercheurs. Mais l’histoire en a
transformé l’usage à travers les dysfonctionnements provoqués, entre
autre, par le facteur d’impact.
Sccientométrie
La science doit être mesuré dans son efficacité et dans sa rentabilité.
La scientométrie concerne la mesure des activités de R&D. Ce terme est
aujourd’hui considéré comme quasi synonyme de bibliométrie et infométrie
ou technométrie. Il donne lieu à des néologismes nés de la volonté de
mesurer la science sur le net : netométrie, webométrie. Dans tous les
cas, il s’agit d’études quantitatives de la science et de la
technologie. Price la définit comme : « les recherches quantitatives de
toutes les choses concernant la science et auquel on peut rattacher des
nombres » (7). Ce domaine se développe comme une réponse à une demande
provoquée par la politique de la science et par la gestion de la
recherche et comme le résultat des études de la science utilisant des
techniques statistiques et informatiques de traitement des données. La
mesure de la science devient un instrument de politique et de
compétition entre pays et espaces. A ce sujet, Price distingue la
politique de la science et la politique par la science. La politique de
la science concerne le soutien de la poursuite du savoir comme service
rendu à la société quand la politique par la science concerne les
orientations des activités de recherche sur des objectifs qui n’ont plus
rein à voir avec la science, qu’ils soient militaires, économiques ou
politiques.
Science
Watching
C’est une publication de l’ISI destiné à indiquer les articles les plus
cités durant une période précisée (par exemple, les six derniers mois).
Elle indique également le temps d’obsolescence de ce genre d’articles.
Plus ce temps est réduit, plus le domaine est considéré comme porteur.
L’ISI met ainsi en évidence le « front des recherches » basés sur des «
articles cœur ». L’ISI propose aujourd’hui Science Watch, revue des
tendances dans le domaine de la recherche scientifique, extraites et
analysées à partir des données de la base Essentiel Science Indicators.
Spécificité
de la science
La recherche est-elle un bien de consommation parmi d’autres ou bien un
intermédiaire stimulant la production ? Pour de Solla Price, la question
ne se pose pas pour la recherche appliquée visant l’innovation et le
développement. Elle se pose principalement pour la science, la recherche
dite pure ou fondamentale.
Derek s’efforce, dès lors, de comprendre ce qui fait la spécificité de
la science par rapport aux autres formes de connaissance. « L’on peut,
dit-il, tracer un spectre allant de la science pure à la pure non
science ». Il importe de distinguer science dure, science molle,
technologie et non science grâce à la mesure des citations. Il faut
savoir ce qui distingue l’information scientifique, dans son contenu, de
tout autre information. Pour cela, il livre une typologie d’articles
classés par ordre décroissant du nombre de références qu’ils
contiennent. Les articles de synthèse, les articles de recherche et les
articles ex cathedra qui ne présentent aucune référence. A cette
typologie, Price ajoute la notion d’immédiateté (Indice d’immédiateté :
Rapport pour une année donnée entre le nombre de citations recueillies
et le nombre d’articles publiés par un périodique) et d’obsolescence. Il
conclue que science dure, science molle, technologie et non-science sont
toutes des systèmes sociaux différents et des modes distincts de la
connaissance écrite.
Web of
science
Ce site comprend l’ensemble des bases de données du Science Citation
Index, qui couvrent 9300 revues. Ces points forts concernent les
facilités de recherche offertes à l’utilisateur. A ce jour, sur le web,
les références remontent à 1945 .En valeur ajoutée, cet outil offre des
analyses de résultats et des alertes sur les citations. Depuis, 1993,
Web of Science comporte une base spécialisée : Index Chemicus qui
contient plus de 2,5 millions de données issus de 100 revues.

Conclusion
« Aucun
hommage, regrette Jean-Jacques Salomon qui était un de ses amis, n’a
encore été rendu en France à ce pionnier du domaine S.T.S : c’est ici le
lieu de rappeler combien Derek aura compté dans les premières fondations
du domaine par son œuvre, ses interventions, son rôle dans
l’International Council for Science Policy Studies » - et son sens de
l’humour qui tamisait avec bonheur des convictions bien arrêtées (8) ».
Ces dernières concernant toutes la conviction qu’il faut établir une «
science sans frontières » de façon à permettre le partage. N’est-ce pas
là un point fort de la documentation.
Références
bibliographiques
(1)
PRICE, Derek John de Solla, Little science, big science, New-York,
London : Columbia University Press, 1963,
(2) PRICE, Derek John de Solla , La valeur extrinsèque
de la science, ALLIAGE [on line] ,1994, no 19, (page consultée le
15/10/07),
http://www.tribunes.com/tribune/alliage/19/soll.htm
(3) POLANCO, Xavier, Aux sources de la scientométrie,
Solaris [en ligne], 1995, no 02, (page consultée le 10/09/07),
http://biblio-fr.info.unicaen.fr/bnum/jelec/Solaris/d02/2polanco1.html
(à lire absolument pour comprendre non seulement Price mais aussi ce
qu’est la bibliométrie)
(4) PRICE, Derek John de Solla. The ends of scientific
communication. In REUCK, A., KNIGHT, J., Communcation in science. London:
Churchill ldt, 1967
(5) PRICE, Derek John de Solla. Les obstacles à
l’égalité scientifique. In MORAZE, Charles, La science et les facteurs
d’inégalité. Paris : Unesco, 1979
(6) PRICE, Derek John de Solla. Science et suprascience.
Traduction française de G.Lévy. Paris : Fayard, 1972
(7) PRICE, Derek John de Solla The Structure of
Publication in Science and Technology . In GRUBER, H ; MARQUIS, D.G. Factors in the Tranfer of Technology. Cambridge: The MIT Press, 1969
(8) SALOMON, Jean-Jacques. Sciences sans frontières,
frontières sans science ? [en ligne] (page consultée le 15/10/07) accès
:
http://sciences-medias.ens-lsh.fr/scs/IMG/pdf/STS1_Salomon.pdf