6ème B - Collège Characot - St Malo

 

Notre correspondance avec Daniel Cron...

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20 février 2008
25 février 2008
20 mars 2008
 

25 février 2008

THE Questions !!! Pour une fois elles seront vite traitées (excepté le 1) après réflexion !) : d'une part parce que il n'y en avait pas beaucoup, et parce que je ne peux guère vous en apprendre plus.

Décrivez-nous vos journées ; en quoi consiste votre travail concrètement ?

Mon poste est pour rappel celui de 2nd "Centrale", ma spécialité "Mécanicien Diéséliste" ; je travaille ainsi la majeure partie de mon temps dans un bâtiment (et non dehors) : "La Centrale Electrique" (lieu où règne un constant boudonnement -dû aux moteurs- nous obligeant à porter un casque anti-bruit) et quasi-constamment avec mon chef (Chef Mécanicien) Thierry Morazzani.

Mon principal travail est d'assurer la production d'eau douce et d'électricité pour l'ensemble de la base ; (l'eau : pour boire, se doucher, laver, éteindre un feu ; l'électricité : pour se chauffer, la lumière, le téléphone, le réseau informatique, cuisiner,...) éléments d'autant plus "vitaux" dans un environnement que le nôtre que nous ne pouvons pas nous permettre d'arrêter de produire l'un ou l'autre même sur un court laps de temps (contrairement à la maison chez vous où vous vous rendez déjà pourtant compte que ce n'est pas pratique lorsque cela arrive) ; et pour cause : sans eau notre réserve s'épuiserait vite, nous devrions nous restreindre, nous n'aurions plus de quoi éteindre un incendie ; et surtout : l'eau gèlerait dans tous les tuyaux (c'est la circulation constante dans ceux-ci qui fait qu'elle ne se fige pas). Quant à l'électricité: nous perdrions nos denrées alimentaires "fraiches" (conservées à +4°C), au bout de quelques heures nous n'aurions ni lumière ni plus aucun matériel informatique ou de communication permettant d'avoir l'extérieur ; mais surtout nous ne nous chaufferions plus. Enfin bon là cela révèlerait un peu du scénario catastrophe digne des + grands films "hollywoodiens", et nous avons d'autres moyens de "secours" : des batteries pour tenir quelques heures et surtout un groupe électrogène séparé des autres. Au quotidien je travaille donc sur tout ce qui touche de près ou de loin à la production de ces 2 "éléments"; à savoir le "bouilleur" pour l'eau douce et les "groupes électrogènes" pour l'électricité ; ainsi que des moyens de transits & d'acheminement de ceux-ci (aidé par l'électrotechnicien "Jean-Gabriel" et "Romain" le plombier-chauffagiste). Le "bouilleur" est une installation permettant de porter à ébullition l'eau de mer préalablement pompée afin d'en séparer le sel pour obtenir de l'eau douce ; quant au "groupe électrogène" : c'est l'association d'un moteur diesel (comme ceux des voitures, mais en + gros) & d'un alternateur; le moteur tourne au gas-oil à vitesse constante et entraine un alternateur qui produit l'électricité. Mon travail consiste ainsi principalement m'assurer du bon fonctionnement de ceux-ci, et si panne il y a, de les réparer. L'entretien de ceux-ci passe par leur nettoyage ainsi que diverses "visites" (l'équivalent de "révisions" sur les voitures) hebdomadaires, mensuelles et annuelles. Je m'occupe donc également des installations annexes qui y sont directement liées : principalement des pompes à eau ou à gas-oil pour transférer ces fluides entre leurs lieux de stockage (de grandes cuves -sur l'île- dont j'ai la charge de remplir lorsque l'Astrolabe nous ammène notre combustible pour l'année) et les lieux de consommation (moteurs et bâtiments). Pour superviser tout cet ensemble, nous avons divers appareils de mesures implantés un peu partout (thermomètre, manomètre pour la pression, débimètre,...) sur les circuits et (pour une bonne partie d'entre eux) raccordés à des systêmes d'alarmes dans la Centrale. Dès que certaines valeurs sont un peu trop basses ou hautes (en fonction du défaut) une alarme sonore associée à un gyrophare (d'une couleur propre au circuit concerné) se déclenche chez nous. On trouvera également reporté au même endroit l'ensemble des alarmes incendies de la base. C'est pour cela qu'une veille permanente est assurée 24h/24h à la Centrale ; en cas d'alarme quelconque. Cette veille s'effectue au moyen d'un "quart de jour" (6h30-19h) et "quart de nuit" (20h,après le repas-6h30) ; pendant le repas nous avons les alarmes visualisables du sjour où nous mangeons. Bien entendu, pour ce faire, je ne suis pas seul : nous sommes en fait 8 du service technique à se relayer. La majeur partie du quart jour est tout de même effectué par nous (sauf le Dimanche où nous sommes de repos) puisque nous travaillons à la Centrale en journée (environ 8h-12h, 13h30-18h). La nuit en revanche est effectuée successivement par tous les 8 ; lorsque cela arrive, nous ne travaillons évidemment pas le lendemain, surtout que nous avons déjà notre journée "dans les pattes" avant de l'entamer ! Nous sommes ainsi près de 24h debout une fois tous les 8jours. En quoi consiste le "quart" (de nuit là plus particulièrement )? Ce n'est pas bien compliqué : il s'agit principalement d'un devoir de surveillance durant lequel toutes les 2 heures, la personne doit faire des relevés de certaines valeurs précises sur les circuits de la Centrale afin de s'assurer que tout fonctionne normalement. Et bien entendu en cas d'alarme de réveiller la personne concernée à toute heure de la nuit (soit Romain, soit Jean Gabriel, soit moi &/ou le chef en fonction du type d'alarme) : nous devons ainsi être joignable et disponible à tout moment 24h/24h. Surtout que ce sont souvent des problèmes urgents voir "très" urgents : je repense tout particulièrement à ce premier de l'an où nous avons eu ce que nous redoutions le plus: un "black-out". Un "black" est l'arrêt de la production d'électricité (par l'arrêt du moteur diesel) : toutes les installations électriques s'arrêtent donc d'un coup et un véritable "sapin de noël" de voyants d'alarmes clignote ; s'ajoute à cela le noir quasi-total (des veilleuses s'allument grâce aux batteries de secours) ; les alarmes assourdissantes, ainsi que le stress lié à l'inexpérience en la matière, surtout lorsque l'on commence à peine à connaitre l'installation ; sans parler bien entendu du fait qu'il faille agir vite pour que l'eau ne gèle pas dans les canalisations, ni que l'on venait de se coucher à peine 1h auparavant suite aux festivités du réveillon !! Un excellent exercice de mise en condition ma foi (j'ai du me relever 4x entre 4h et 9h du matin!). Ce qui me plait dans ce travai l: les responsabilités, le fait de changer régulièrement de tâches (contrairement à d'autres services), et d'avoirà cogiter lorsqu'il y a un problème. Sans cela, en ce moment je suis en train de faire l'inventaire annuel de notre "magasin ": des centaines de pièces à répertorier; que du bonheur !! J'ai d'autant plus hâte de le terminer que se profile au bout de celui-ci un jour de repos supplémentaire par semaine !

Maintenant que la période d'hivernage va commencer , votre travail va– t'il changer ?

Non pas vraiment du coup mis à part les transferts en moins de combustible entre le bateau et la base ; Il y a moins d'activité fébrile de dernière minute pour dépanner les gens de la campagne d'été.

Avez-vous eu des malades à la base ?

Non, compte tenu du climat très aseptisé qui y règne : au froid, insectes et microbes ont du mal à se développer ; en revanche chutes et accidents de travail ne sont pas rares mais jamais graves pour l'instant heureusement (mis à part le marin Chilien que nous avions récupéré) : quelques points de suture et pansements ont fait l'affaire ! Mais il faut rester toujours prudent et s'équiper en fonction du potentiel danger : froid, glace, travail... le sur-accident est par ailleurs vite arrivé (nous avons eu un exemple expliqué par les membres de la précédente mission lors de notre arrivée) d'autant qu'ici nous n'avons ni les moyens, ni les compétences pour faire de la grosse chirurgie !

Avez-vous fait le bain dans l'eau froide que vous vouliez tenter ?

Euh à vrai dire non ; pas encore..."dégonflé" ? mais pas du tout, il y en a bien un qui a été organisé un dimanche, mais j'étais alors de "quart jour" à la Centrale et donc bloqué ; par ailleurs beaucoup de monde y était présent (et n'y sont restés que 30 secondes à tout casser !) alors que je préfère de loin le faire dans un cadre plus "intimiste" avec seulement 1 ou 2 personnes. Ce n'est que partie remise, rassurez-vous ! (je ne sais trop encore comment car il est préférable qu'un plongeur et un canot soit présent par sécurité)

Trois nouvelles stations seront inaugurées pendant la 4 ème année polaire ( une anglaise , une belge et une allemande ) . En avez- vous entendu parler ? Savez- vous ce qu'elles pourront apporter comme nouvelles découvertes ?

Oui j'en ai entendu parler, mais je n'en sais guère plus ; désolé ! Ce qui m'a en revanche beaucoup plus interpellé est le fait que des pays majoritairement asiatique & bien moins présents sur la scène internationale dans ce domaine, se soient également lancés dans cette course !

Avez- vous repéré les mois où le vent souffle plus ? Y-a -t'il des raisons à cela ?

Plutôt en début d'hiver chaque année, mais la différence n'est pas très notable, & il n'y a pas de réelles explications à cela.

Pourrez-vous nous décrire l'évolution du paysage et de la banquise mois après mois ?

C'est ce que j'essaie de faire à chaque fois; n'hésitez pas à me demander si vous désirez plus de détails.

Bonnes vacances de Pâques à tous et à très vite!

Daniel

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