*Mardi 11 décembre* 14h50 bord Bonjour,
Tiens, en vous écrivant, je regarde la date et me rends compte que c'est
le jour de ma fête ! Pour tout dire cela m'était complètement sorti de la
tête ! Et pour un jour de fête, on pourra dire qu'elle a commencé "grandiosement"...
En effet, hier la décision a été prise de déposer les scientifiques
australiens, qui nous accompagnaient jusque là, à leur base avant de
nous rendre à la nôtre (soit l'inverse de ce qui était prévu au
départ) ; du coup, notre voyage s'en ait vu rallonger de 24heures !
On a alors filé vers "Commonwealth Bay" (où nous sommes à présent). "Filer" est un bien grand mot, car c'est là que nous avons commencé à
sérieusement affronter le "pack" pour la première fois ; c'est
impressionant ! Le bruit, le choc... surtout au moment de descendre au
carré au fond du navire pour manger où l'on se demande vraiment parfois
si la coque ne craquera pas...
Notre vitesse a été réduite à 3-4 noeuds pour cet âpre combat ; et
quel combat... le vent s'ajoutant à la partie, la température ambiante
ne descendait pas bien en dessous de -5°C, mais la "température de
sensation au toucher" (température que l'on ressent sur la peau au
fonction de la force du vent ; lié à "l'indice éolien" du vent), elle, en
revanche atteignait surement sans problème les -15 ou -20 ! Filmer dans
ces conditions et affronter l'extérieur devenait un vrai défi...
Surtout que le décor en valait la peine... un ciel presque pur, un
splendide couché de soleil, croisant au loin des iceberg de + en + gros !
On effrayait les rares manchots adélies se reposant sur les fines
plaques de glace longeant le navire ; et ceux ci couraient en tous sens
pour se précipiter à l'eau...comique au possible... par ailleurs, de
nombreux autres oiseaux côtiers se sont ajoutés à notre escorte aérienne
ces derniers jours (en plus, ou à la place des merveilleux empereurs des
mers que sont les albatros qui jusque là jouaient des heures avec notre
poupe) : prions, fulmars antarctiques, pétrels géants et des neiges...
Pendant ce temps.... le soleil descendant des heures durant jusqu'à finir
par tangenter l'horizon...et même commencer à disparaitre derrière ce
dernier...un spectacle grandiose...que les photographes n'auraient râtés pour rien au monde...
mais... ce petit soleil finit par se stabiliser et le temps s'écoulant
inexorablement, je voyais ainsi devant moi extasié, mon + long couché de
soleil ; et surtout mon premier "soleil de minuit"... en même temps que
commençait ma journée de fête...
(surprenant en revanche : le fait que les gens, eux, pour beaucoup, n'aient
pas réalisé que c'était 'leur premier' également !! Sûrement trop fascinés
par la beauté du paysage !)
Il a fallu se résigner à se coucher finalement, bien que la lueur
ambiante ne le laissait pas spécialement désirer...
Mais pas pour longtemps heureusement, car je fus l'un des premiers debout
pour observer le premier décollage de l'hélicoptère embarqué sur le
navire...hélicoptère servant à débarquer les gens du bord lorsque
l'accostage est impossible, et les colis de manière général. Mais bien plus que la fascination de ce perpétuel ballet
aérien, m'attendait une belle surprise... Lle grand continent blancétait enfin et pour la première fois visible à
quelques milles de nous sous un ciel épuré et soleil resplendissant !
Scotché ici (66°54'S 142°30'E) pour quelques heures encore à 55M
(milles) de DDU ("Dumont D'Urville") par très beau temps (on aurait des
transats, qu'on s'installerait pour sûr dehors !), -2°C, et presque sans aucun souffle de vent (ce qui est le comble pour le lieu considéré -avec DDU-
comme étant le plus venteux au monde !), l'arrivée est prévu pour très
tôt dans la matinée et un transfert en hélico dans la foulée pour nous
tous jusqu'à la base ! Nous avons de la chance et nous en révions, car
normalement à cette époque, lors de la 2ème rotation de l'Astrolabe, la
banquise est complètement fondue et le navire accoste le long de la
base. Hors cette année, on a atteint en Antarctique le record de surface
maximale recouverte par la banquise ; d'où une fonte plus longue...
Mais on prévoit du mauvais temps pour demain ; ce qui pourrait obliger
l'hélicoptère à rester parké sur le bateau ! Dans ce cas, forcerions nous
le pack? Resterons nous une journée de plus? Car même si l'émerveillement est au RDV, nous sommes tous partis depuis plus d'une
semaine, et fatigue et impression de tourner en rond se font de plus en
plus sentir... L'avenir nous le dira !!
La suite des aventures au prochain épisode bien sûr... ;-) Daniel
Nb : oulà!! le lieutenant de quart en passerelle à l'instant vient de se faire
une petite frayeur ; en effet nous avions à peine 10m sous le
bateau ; manquerait
plus qu'on s'échoue !
Ps : nous sommes depuis hier soir à bord, non plus à l'heure australienne
(+10), mais à l'heure que nous aurons à DDU (+9) ; il est donc pour vous en ce
moment
5h50.
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