L’association CHASKA a été fondée en mars 2002 pour apporter des réponses au désarroi des jeunes migrants de la Costa, Sierra et Selva, originaires des secteurs les plus frappés par la crise économique et l’exclusion. Il s’agit de réduire l’entassement inhumain dans les bidonvilles des grandes villes, en proposant une formation académique avec une spécialisation en agriculture bio dans le désert côtier au nord de Lima.

Comment est née l’association Chaska?

Vign Luz_Crespo

Interview des responsables de l’association : Luz Marina, professeur dans l’enseignement agricole secondaire
Eleuterio “Crespo”,
comptable en micro-entreprises.

- Vous êtes de la Sierra, de Sicuani [Cusco]. Comment êtes-vous arrivés ici?
Luz Marina
Dans la Sierra beaucoup de jeunes émigrent à Lima et vivent dans les bidonvilles1. Nous aussi nous avons émigré, pas à Lima mais sur ce terrain sablonneux pour le cultiver et se procurer notre nourriture, élever nos animaux et améliorer nos conditions de vie.

Crespo
Nos frères, nos compatriotes, nos proches émigrent de la Sierra, en particulier vers Lima, dans le but d’améliorer leur niveau de vie, leur santé, mais au bout de quelque temps ils s’en retournent sans succès, rien n’a changé. Nous voyons qu’à Lima leur vie est pire que dans la Sierra, sous-emploi, main d’oeuvre bon marché2... Alors nous nous demandons : pourquoi vont-ils à Lima, que font-ils là-bas ?

Vign Ensenada2
Vign Ensenada

Luz Marina - Ce qui nous motivait, c’était de monter un projet en faveur des laissés pour compte, paysans ou jeunes très pauvres qui n’ont reçu aucune formation technique. Crespo et moi parlions de venir pour tenter cette expérience de travail social pour les plus démunis, et nous nous avons franchi le pas, nous sommes venus ici pour réaliser ce que nous pensions.

Quand nous sommes arrivés ici ce n’étaient que des dunes, comme dans n’importe quel désert, mais au fond de nous, nous avions le rêve de les faire reverdir. Nous avons creusé le sable à la pelle pour installer des cartons, c’était l’été, nous n’avions pas besoin de couvertures et nous nous sommes endormis. Pendant que l’un cuisinait, les autres travaillaient, sans aucun revenu, rien. Ce que nous voulions arriver à faire, c’est d’abord des terrasses pour aplanir puis monter des seaux d’eau à la main [depuis le ruisseau, NDLR] et arroser le sable... On a démarré un élevage de poulets parce que cela demande peu d’eau et que cela fournit du guano3 que nous répandions sur la parcelle. Puis nous avons semé les produits locaux, des légumes, ces expériences nous motivaient. Nous obtenions des radis, des choux rouges, des brocolis, et à 5h du matin nous allions les vendre au marché dans notre corbeille, puis nous rentrions pour acheter du sucre et de l’huile, c’est comme ça qu’on a commencé à travailler.

Vign hacer_verde
Vign andenes
Vign arroyo
Vign verduras3

L’irrigation au goutte à goutte

Interview de René, technicien agricole.

Comment cultivez-vous dans ces zones sablonneuses?
Dans ce type de terrain le plus gros problème ce sont les sels, surtout le chlorure de sodium. Une façon rendre le terrain cultivable consiste à l’amender avec un apport de matières organiques. Nous y ajoutons aussi du phosphore et du potassium, nutriments indispensables pour les plantes, et enfin nous rajoutons de l’azote par le réseau de goutte à goutte.


La pépinière
Voici la serre destinée au démarrage des arbustes en pépinière, c’est l’étape initiale, nous les replantons ensuite à l’endroit définitif. C’est une structure de poteaux et de fil de fer, recouverte par un filet en maille Rachel qui est le plus important dans cette structure parce qu’il procure de l’ombrage aux jeunes plants qui en ont besoin.

Vign Rene
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Vign vivero

Vous voyez ici le réservoir d’eau. Nous pompons l’eau à l’aide d’un moteur diesel, cela alimente aussi la pépinière. [...]

Comment évalue-t-on la quantité d’eau nécessaire?
On détermine d’abord l’évaporation au niveau du sol et de la plante elle-même pour évaluer la quantité d’eau que nous devons remplacer. Cela nous donne la fréquence et la durée de l’irrigation. [...] Il s’agit d’une quantité minime, à peu près le tiers de ce qu’on utilise normalement dans les cultures.

Vign materia_organica
Vign plantas_forestales
Vign malla_Rachel

Le système hydraulique

Voici le schéma du système hydraulique [...] On voit ici le réservoir, les conduites principales, secondaires, tertiaires, et les lignes latérales où vont les tuyaux d’irrigation. Nous avons déterminé que la ligne tertiaire doit avoir une section d’un pouce, c’est un tube qui a un débit de l’ordre d’un litre par seconde. [...]

Vign sistema_hidraulico

La ligne que nous voyons ici est un tuyau de polyéthylène, il va dans le sol et ressort par ce tuyau. C’est ce ruban d’irrigation que nous utilisons. [...] C’est le seul matériel importé dans tout le système, tous les autres sont des productions nationales.

Au lieu d’utiliser ces prises qui coûtent à peu près 1,50 sol, nous en fabriquons d’autres qui remplissent la même fonction. C’est bien meilleur marché, nous achetons une longueur de tube de 3 m qui vaut 1 sol, dont nous tirons 60 prises.
En les chauffant nous les dilatons et cela s’emboîte très bien.

Ici nous avons un filtre improvisé, on se sert d’un tube de 2 pouces où nous avons pratiqué des trous [...] et que nous avons recouvert d’une gaine de tissu synthétique. C’est une simple toile, et cela revient très peu cher.

Vign manguera
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Vign 2tomas
Vign calentamiento
Vign filtro

A qui s’adresse cette association?

Vign Alfredo
Vign Alfredo_maquina

4 Il ne parlait que le quechua

Vign 30hectareas
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El desierto

Le phénomène migratoire et l’entassement rapide des populations dans les zones urbaines marginales ont donné lieu à une expansion anarchique de la province de Lima. Ces dernières années la population rurale a diminué drastiquement. Elle représentait 4.3% du total régional en 1981 quand ce phénomène a commencé, et en 2005 le pourcentage est tombé à 2.3%.

2 Ces jeunes émigrants représentent une main d’oeuvre sous-payée pour les entreprises laitières, sucrières et les haciendas de la vallée de Huaura, avec un salaire de 10 soles par jour (2,5 euros); ils peuvent payer leur alimentation, leur école et s’habiller mais ne peuvent couvrir leurs dépenses de santé. 80% des enfants n’ont pas la possibilité de suivre des études supérieures.

3 guano : engrais à base d’excréments d’oiseaux.

Accueil Chaska

Interview de Luz Marina.

Vign Luz
Vign Chaska

Cette expérience que nous voulons mener, l’agriculture en milieu désertique, n’est pas totalement nouvelle, cela existe en Israël, et aussi au Pérou, mais géré par des gens qui ont du capital, pas par des gens qui n’ont pas le sou. Nous voulons démontrer que les pauvres aussi peuvent développer un projet d’agriculture en milieu désertique.

Ces 30 hectares, nous voulons les morceler en parcelles de production dans le but d’autofinancer le projet. Ce projet a pour objectif de créer une maison familiale de jeunes où ils reçoivent une éducation de base et une formation technique spécialisée dans l’agriculture en milieu aride ; nous allons donc confier à tous ces jeunes une parcelle de terrain pour qu’ils mettent en pratique ce qu’ils sont en train d’apprendre.
Nous voudrions que d’ici un certain temps on nous perçoive comme une institution professionnelle organisée qui aide les jeunes à dépasser leurs blocages économiques et intellectuels et qui vise à améliorer leur vie.

Pour l’association nous avons choisi le nom de Chaska, « l’astre », parce que les étoiles sont innombrables dans le ciel, de même que les laissés pour compte sont innombrables sur terre. Cet astre apporte la lumière.

Alfredo est un symbole de notre travail, il est comme notre étendard. Pourquoi ? Parce que des gens comme Alfredo il y en a des milliers dans la Sierra, dans la forêt et ailleurs. On leur a donné à manger, rien d’autre, et on a complètement oublié l’aspect fondamental qu’est l’éducation. Jusqu’à l’âge de 13 ans il n’a pas étudié, il ne savait ni écrire ni parler espagnol4, il ne communiquait pas, rien. Il se sentait comme un animal, tu le nourris, c’est suffisant, non ? Il pensait que le monde était ainsi fait.
Puis il est venu ici, il a été au collège, a appris espagnol, a connu d’autres jeunes, et le plus important, mon Dieu, avec un tel manque de confiance en lui, c’est qu’il commence à utiliser une machine, ce qui l’aide à prendre de l’assurance, à sentir qu’il en est capable.
 

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Textes annexes

L’objectif général de l’association est de promouvoir une Maison Familiale en tant que Centre de Formation pour donner aux personnes pratiquement analphabètes1 une instruction complémentaire et une formation de production agricole en terrain désertique à partir d’un modèle en alternance. Les élèves doivent obtenir un diplôme qui ait valeur officielle2.
La Maison Familiale de formation de l’association CHASKA se situe sur un terrain sablonneux, au km 160 de la Panaméricaine Nord - département de Lima.
Les bénéficiaires directs sont les jeunes, les adultes et leurs familles en situation de pauvreté et d’extrême pauvreté3 qui ont émigré de la Sierra vers la Côte et vivent dans les villages proches.
L’emplacement de la Maison Familiale, en zone désertique et inculte, conduit à développer des politiques et des stratégies pour repousser la frontière agricole4, en utilisant des techniques innovantes pour le Pérou, comme l’irrigation au goutte à goutte et l’agriculture bio. La commercialisation de la production se fait dans les centres urbains de la région.

Casa familiar
Vign loma_arenal
Frontera agricola

Un des effets attendus est de maintenir les jeunes dans la zone grâce à de meilleures perspectives quant à leur qualité de vie, d’éviter leur migration vers les bidonvilles des cités proches ou de la capitale Lima, et même de donner l’envie à des jeunes de ces zones urbaines proches de travailler et de rester à la campagne avec un projet de vie qui les motive.

Extraits du Projet global publié par l’association Chaska.

1 pratiquement analphabètes : Se dit de ceux qui ont été alphabétisés officiellement (2 ans de primaire) mais qui n’arrivent pas à utiliser l’espagnol pour s’exprimer et ne comprennent pas une conversation dans cette langue.
2 Chaska a des conventions entre autres avec le Ministère de l’Agriculture et l’Institut National de Recherche Agronomique.
3 Voir ci-dessous le tableau de la pauvreté au Pérou.
4 frontière agricole : limite entre les zones irriguées, donc cultivées, et les zones désertiques.

Les objectifs de l’Association Chaska

Tableau de la pauvreté

Population du Pérou en 2001 : 26 750 000 hab.

54,3% de la population vit sous le seuil de pauvreté (alimentation, logement, santé, vêtements = US$ 3 par jour)
dont 23,9% vit sous le seuil d’extrême pauvreté (alimentation seule = US$ 1,10 par jour).

Cette pauvreté est très inégalement répartie et affecte surtout les zones situées dans la Cordillère et dans la Selva.

Tableau des 6 régions (sur 24) les plus pauvres et des 6 les plus riches.

Zone géographique

Région

pauvreté totale

extrême pauvreté

Sierra
Sierra, Selva
Sierra, Selva
Sierra
Sierra
Sierra, Selva
………......…..
Sierra, Costa
Costa
Selva
Costa
Costa
Costa
 

1.Huancavélica
2.Huanuco
3.Apurímac
4.Puno
5.Cajamarca
6.Cusco
………….......
19.Arequipa
20.Ica
21.Madre de Dios
22.Lima
23.Tacna
24.Moquegua
 

88,0
78,9
78,0
78,0
77,4
75,3
.…..
44,1
41,7
36,7
33,4
32,8
29,6
 

74,4
61,9
47,4
46,1
50,8
51,3
…..
14,5
8,6
11,5
3,1
5,2
7,6
 

De la même manière l’accès à l’éducation est très inégal. Le taux moyen d’élèves scolarisés en primaire atteint 95%, mais le pourcentage de ceux qui ont commencé et atteignent le CM2 baisse à 84% et le taux de fréquentation en secondaire est seulement de 48%.
 

Sources : INEI (Institut National de Statistique et d’Informatique), Lima.
       UNICEF.

Photo tabla pobreza1

voir le tableau de la pauvreté au Pérou

Travaux collectifs de plantation de patates douces, maïs et tara sur la dune de Chaska (Huacho, Lima) avec les familles de la zone et les professeurs qui font partie de l’association.
Durée 3’59”

Extrait d’une vidéo de 14 min
Voir la page Video Synopsis
 

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