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DU
PRIX
GONCOURT
AU
GONCOURT
DES LYCÉENS
L'Académie Goncourt, hier...
| Jules Huot de Goncourt meurt en 1870 et son frère aîné, Edmond, en 1896. Le testament de ce dernier stipule que l'essentiel de leur fortune doit servir à fonder et doter une société littéraire. En agissant de la sorte, Edmond de Goncourt avait un triple dessein : cette société littéraire permettrait à une dizaine d'écrivains de continuer à écrire tout en les mettant à l'abri du besoin, elle ferait contrepoids à l'Académie Française qu'il jugeait « insuffisamment hardie et novatrice », et enfin elle aurait la mission de distinguer, chaque année, la plus belle œuvre écrite en prose. |
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Ce n'est que le 21 décembre 1903 que sera attribué à John-Antoine Nau
le premier Prix Goncourt pour son roman, Force ennemie. En effet, sept
années de batailles juridiques contre les héritiers frustrés auront été
nécessaires pour que soit respectée la fameuse clause du testament
d'Edmond !
En dépit des vicissitudes, malgré les critiques, par-delà les
changements, l’Académie Goncourt, qui a fêté en 2003 son centième
anniversaire, a su préserver l'essentiel et, plus vivante que jamais, elle
continue de régner sur la vie littéraire française.
... et aujourd'hui
De nos jours, l'Académie Goncourt fait paraître trois sélections :
- la première, au début du mois de septembre, comprend, en principe,
entre douze et quinze titres.
- la deuxième,
un mois plus tard,
- la troisième, une semaine
avant la proclamation du Prix.
Les délibérations de l'académie Goncourt ont lieu au restaurant Drouant,
place Gaillon à Paris.
Le Prix Goncourt
2005, il devrait être remis le lundi 7 novembre.
En ce qui concerne le Prix Goncourt des Lycéens, la liste publiée par les académiciens
en septembre est également celle des lycéens. La classe reçoit donc
l'ensemble des livres en même temps, ce qui facilite la rotation des
livres et rallonge les délais de lecture.
Le Prix Goncourt des Lycéens : un concept original…
En 1986, un professeur de lettres d'un lycée de Quimper retient la
suggestion de ses élèves de lire une partie des romans de la sélection
Goncourt. Cette initiative originale remporte un certain succès, mais
restera, faute de moyens, sans lendemain.
En 1988, cette idée est reprise, avec l'accord de l'Académie Goncourt,
par la Fnac et l'Action Culturelle du Rectorat de l'Académie de Rennes.
La première édition naquit de la volonté conjointe des deux partenaires
de dynamiser la lecture dans le secondaire, tout en renforçant le marché
du livre. L'objectif visé était à la fois simple et très ambitieux : d'une
part, construire et installer le plaisir dans la lecture et, d'autre part,
favoriser l'émergence du sujet lecteur, c'est-à-dire faire que l'acte de
lire devienne un acte de conscience et de responsabilité. Les modalités,
quant à elles, étaient originales : proposer à dix classes de jeunes
lycéennes et lycéens rennais de découvrir la littérature contemporaine à
travers dix romans de la sélection Goncourt. Deux mois plus tard, dix délégués-élèves devaient délibérer pendant deux heures dans une brasserie
de la ville pour proclamer, quelques minutes avant la célèbre académie,
son Prix Goncourt des Lycéens, qui fut attribué cette année-là à Erik
Orsenna.
Le retentissement de cette première édition fut considérable, ne
serait-ce que parce que le prix fut proclamé devant la presse écrite,
radiophonique et télévisée, et que les délégués-élèves durent satisfaire à
de nombreuses obligations médiatiques. Erik Orsenna, très touché de s’être
vu décerner deux prix Goncourt le même jour, rencontra le jury d'élèves
deux semaines plus tard : le Prix Goncourt des Lycéens était consacré.
… en évolution constante…
D'abord rennais, puis breton, le Prix Goncourt des Lycéens deviendra
irréversiblement national dès 1990 et s'enracinera même dans la
francophonie en associant, en 1991, le Lycée français de Bruxelles à
l'opération.
En 1993, ce sont désormais treize classes qui participent à l'action,
dont quatre dans l'académie de Rennes.
Quatre ans plus tard, la participation explose, et la portée de la
manifestation devient nationale. La Fnac souhaite que la totalité de ses
magasins implantés en France puissent bénéficier de l’impact et des effets
du Goncourt des Lycéens. Quarante-cinq librairies Fnac parrainent donc,
dans les villes où elles sont situées, quarante-cinq lycées, auxquels
viennent s’ajouter sept lycées bretons. L’Académie de Rennes, initiatrice
de l'opération, bénéficie en effet d'un régime particulier, justifié par
son implication significative, aussi bien dans le pilotage du PGL que dans
ses prolongements : Rencontres Goncourt de Rennes, concours de critiques…
En 1998, ce sont donc cinquante-quatre lycées qui participent à
l’opération, dont le lycée Anna de Noailles, de Bucarest. C’est, du reste,
la déléguée de ce lycée qui sera désignée par ses camarades pour annoncer
devant les médias le nom de leur lauréat.
En 2001, le Ministère de l'Education nationale a décidé d'étendre le
Goncourt des Lycéens à l'ensemble de la France. Sa mise en œuvre est
confiée à l'association Bruit de Lire tout en renforçant le partenariat
avec la Fnac. Le pilotage pédagogique du Goncourt des Lycéens est délégué
au rectorat de Rennes, initiateur de l'opération, la coordination étant
assurée sur l'ensemble des régions par un réseau de professeurs-relais
placés sous l'autorité des Délégués Académiques aux Arts et à la Culture
de leur rectorat de rattachement.
… pour un bilan quantitatif édifiant…
Depuis 1988, année de sa création, 469 classes de lycées français, de
tous types se sont lancées, sous la conduite de son professeur de lettres,
dans le Goncourt des Lycéens.
À ce jour, plus de 11 500 élèves de seconde, première, terminale et
BTS, ont ainsi été associés à ce Goncourt des jeunes ; plus de 25 000
exemplaires de 163 romans contemporains différents ont été lus et ont
donné lieu à des travaux de toutes sortes...
Il s'est ainsi développé entre la Fnac et l'Education nationale un
partenariat exemplaire, sans doute unique en son genre, dans lequel le
grand libraire a un rôle prépondérant puisqu’il fournit d'importants
moyens : 4 500 livres par an, frais d'accueil des délégués-élèves et des
enseignants lors des délibérations, frais de déplacement lors des
délibérations nationales, ouverture vers des lycées étrangers, réseau de
personnel de communication, site web, connaissance du milieu de l'édition
littéraire, sans parler de l'image de marque.
Pour sa part, l'Education nationale ne se contente pas de fournir les
sites ainsi que leur encadrement, de se charger de l'installation de
l'opération dans les classes, d’assurer sa conduite et son suivi
pédagogiques : elle s’implique financièrement en permettant à toutes les
académies de participer à l’opération et en allouant une subvention à
l’association Bruit de lire pour la mise en œuvre de cette dernière.
Tous les niveaux de classes, toutes les séries et tous les types de
lycées peuvent ainsi prétendre participer au Goncourt des Lycéens.
… et un bilan qualitatif riche en perspectives nouvelles.
À chaque édition, nous constatons le même comportement des lycéens face
à la lecture :
Les lycéennes et lycéens, à cette occasion, lisent beaucoup.
La perspective de décerner un prix est un stimulant essentiel dans la
mesure où ils doivent se poser des questions tout à fait inhabituelles
au lycée : comment juger tel ou tel roman ? Quelles entrées
privilégier dans l'œuvre ? Quels critères retenir ? Qu'est-ce qu'un
bon roman ?
Ils découvrent des œuvres en même temps que leurs enseignants et
peuvent en débattre en ne se sentant plus tout à fait mis à distance
par le savoir magistral.
Cette égalité de statut (sinon de compétence), de lecteur devant les
œuvres est de nature à modifier les rapports entre élèves et
enseignants.
Les élèves retrouvent les valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent
dans un grand nombre de romans lus. C'est la preuve que l'appétit de lecture du jeune public reste intact,
pourvu qu'il puisse se développer (se penser, se construire) dans des
espaces différents.
Notre réflexion entre pédagogues, organisateurs et observateurs permet
d'année en année de repenser la finalité du prix : que couronner et
pourquoi ? Quel prix pour quelle culture lycéenne ? Quel rôle réserver à
l'enseignant ? Quel seuil de perméabilité tolérer entre l'avis de jeunes
lecteurs qu'on entraîne vers la lecture littéraire et l'opinion prégnante
de la critique ?
Il s'agit aussi aujourd'hui de mieux installer l'action dans les lycées
en y sensibilisant le personnel de direction, les autres classes, et en y
associant totalement le documentaliste ainsi que le centre de ressources
qu'est le CDI.
En outre, ces dernières années, les organisateurs ont particulièrement
favorisé l'extension de l'opération vers les bibliothèques publiques.
Enfin, si l'on tient compte du fait, depuis longtemps constaté, que le
Goncourt des Lycéens a une propension à stimuler la lecture familiale, il
se pourrait donc qu'en se greffant ainsi sur trois milieux, le lycée, la
famille, la bibliothèque, il développe une dynamique incitative très
originale.
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